Crisser son camp au Kamouraska

Crisser son camp au Kamouraska, Échappée belle

J’ai pris la voiture ce matin. J’avais besoin d’espace et de solitude.

De solitude surtout.

Alors j’ai fais mon sac et je suis partie.

Parfois, quand on est une femme, une mère, on a besoin de partir, de crisser son camp comme on dit ici. Parfois on rêve de tout envoyer balader, tout ce “trop”, pour retrouver ce que l’on n’a que “trop peu”: le Silence. On rêve d’un espace tranquille où l’on pourrait enfin finir ce livre commencé il y a trois mois, un espace où les Pokémon et les épisodes de Dragons n’existent pas, où l’on peut dormir en étoile toute nue dans son lit sans risquer une invasion collective de petites têtes blondes, un endroit où l’on peut s’entendre penser et même aller jusqu’aux bout de ses pensées ! Un endroit où les toilettes ne sont pas juste un refuge, le canapé un champ de bataille et nos jambes le repaire d’un koala de cinq ans…

En fait, on rêve toutes d’un moment de SILENCE. Une pause, un break, régulièrement, juste pour soi.

Alors je suis partie, trois jours.

Ne m’appelez pas, je suis aux abonnés absents.

Je ne gère plus, je ne veux plus rien savoir, pendant ces trois jours-là.

Je suis loin, loin là-bas, dans le Kamouraska, nichée entre la montagne et le fleuve. J’aurais aimé aller m’encabaner, comme Gabrielle Filteau-Chiba, mais je ne peux pas. Alors j’ai conduis jusqu’à cette route 132, celle des Navigateurs, celle qui longe le Saint-Laurent et file vers le nord, tout là-haut. J’ai avalé les kilomètres, engloutis dans ma playlist du moment, et je suis arrivée sur cette terre sauvage balayée par les vents violents de l’automne et l’odeur puissante du varech qui m’a immédiatement débouché le cerveau!

Je me suis réfugiée dans cette charmante auberge des Aboîteaux, à Saint-André, avec mon sac rempli de livres, de carnets et de sachets de thé. Parce que ça prend toujours ça, ce genre d’escapade: du thé (et du café). Je me suis posée là, dans cette chambre avec vue sur le fleuve, et j’ai écouté. Le silence. Tout autour.

Crisser son camp au Kamouraska, Échappée belle

 

Plus un bruit, sauf celui du vent en rafales au-dessus de ma tête et de la pluie battante sur le carreau. Comme si la nature comprenait mon agitation intérieure et me renvoyait à ma propre nature sauvage. Tempête dans ma tête d’allumette où tout se consume… Tête d’allumette où je savoure ma première gorgée de bière microbrassée après une courte marche sur les abords du fleuve, en fin de journée. Le paysage, sauvage, rude, aux multiples îlots fouettés par la houle contraste harmonieusement avec la gentillesse et la chaleur des gens. Mon esprit s’apaise et l’envie d’écrire revient, après tout ce temps. Mes journées sont rythmées par l’écriture, la lecture du Journal de Joyce Carol Oates et de petites randonnées sur les monadnocks alentours.

Je remplis mon réservoir.

J’ai besoin de peu de choses, finalement. Mais j’en ai besoin pour ma santé mentale.

À quand les ordonnances prescrivant des escapades régulières aux mamans?

 

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